Espace de Réflexion Ethique des Pays de la Loire (EREPL)

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le syndrome du bien-être


"Le syndrome du bien-être"
Carl Cederström et André Spicer
Editions l’échappée, 2015, 165 p, 15€

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« Le syndrome du bien-être » est un livre salutaire. On ajouterait même,… qui fait du bien ! Pourtant le propos est sombre et la dénonciation argumentée. Carl Cederström, enseignant-chercheur à la Stockholm Business School et André Spicer, professeur à la Cass Business School, analysent comment, aujourd’hui, la promotion et le développement du bien-être participe d’une véritable vision aseptisée et bien-pensante du bonheur.
Pire, s’occuper de son propre bonheur serait devenu une obligation morale.
A travers l’analyse des phénomènes comme le coaching ou les programmes sportif au sein des entreprises, les auteurs montrent comment la promotion et la conservation de sa santé s’inscrivent désormais sous le registre de l’impératif.  

« La moralité ne recoupe pas uniquement la relation que nous entretenons avec les autres, mais aussi celle que nous entretenons avec  nous-mêmes, et plus particulièrement avec  notre corps. »

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Dans ce processus, la préoccupation individuelle du bien-être glisserait vers un processus de bio-morale et produirait des jugements dépréciatifs portés à l’égard de ceux qui ne prendraient pas soin de leur corps.
Les auteurs évoquent à ce titre l’exemple de la clinique de Cleveland, dans l’état de l’Ohio ou l’on a cessé d’embaucher des fumeurs depuis 2007. On assisterait ainsi à une logique où le curseur de la nocivité se déplacerait du produit vers l’activité des individus et finalement vers les individus eux-mêmes. Ce n’est plus la cigarette qui est bannie de certains lieux de travail, ce sont les fumeurs eux-mêmes. 

« Le bien-être n’est plus un idéal auquel nous pouvons librement choisir d’aspirer, mais bien un impératif moral qui a fini par se retourner contre nous. »

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Les auteurs parlent à ce titre d’une véritable idéologie du bien-être. Car dans l’univers du flexible, de l’ hyper connecté ou toute chose se trouve à l’état de fluidité permanente, il faut savoir être à l’écoute de son corps !
Mais les auteurs montrent que cette injonction idéologique induit de nouvelles responsabilités. Les gens malades se sentent coupable de ne pas avoir anticipé leur maladie. Et cette logique nous présentant comme seuls responsables de notre santé et nos choix de vie, justifie également l’impuissance du politique.

Les auteurs dénoncent une vision du monde narcissique, égoïste et solitaire où chacun recherche – dans une logique de performance absolutiste - un bien-être totalement superficiel et artificiel. Celui-ci concourt finalement à une idéologie sanitaire et néolibérale qui place tragiquement les citoyens devant la seule responsabilité de leur propre souffrance. 


Aurélien Dutier
Chargé de mission à l'EREPL